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Cronos et autres cannibales: le pouvoir esthétique de la dévoration - 11e numéro de MuseMedusa

Appel de texte

Le cannibalisme n'a pas de genre. Suivant Claude Lévi-Strauss, nous sommes tous et toutes des cannibales. Si on croise cette théorie avec celle de la monstruosité développée par Michel Foucault qui évalue la criminalité du monstre, le cannibalisme apparaît comme un sommet de l'horreur. Rejeté dès la Grèce antique aux confins de la bestialité et en deçà de toute humanité, le cannibalisme est cependant devenu une source d'inspiration, un défi, une gageure d'artiste. Et sa pratique fantasmée, un moteur de créativité qui avoue souvent sa filiation avec les rites dionysiaques.

Dans le discours des rapports de force, les fictions cannibales font-elles pour autant de tout homme un mâle alpha? Au XXe siècle, quelques figures anciennes (l'ogre ; le vampire ; le lycanthrope), qui avaient été outrageusement virilisées, s'actualisent en de nouvelles fictions subversives, au point de faire exploser les anciens antagonismes jugés incompressibles (homme/femme, nature/culture, etc.). De plus en plus nombreuses, les déclinaisons de la figure d'un Cronos garantissant son pouvoir en dévorant ses enfants concurrents nous racontent d'autres histoires.

Le monstre cannibale se décline aussi au féminin. Comment cette forme de monstruosité est-elle pensée dans la littérature et les arts depuis la modernité? L'«esthétique cannibale» semble s'opposer à la féminité et à la maternité. Si le cannibalisme est ingestion, l'allaitement serait le don qui en renverse le mouvement. Si le cannibalisme est digestion, la parturiente délivrant un humain représente l'oxymore de la chair digérée. Le cannibalisme au féminin s'envisagerait donc non seulement comme une forme unique de la criminalité mais comme un crime contre nature. Cette évolution du pouvoir de la dévoration peut-elle être envisagée comme une forme de féminisme ? Le discours esthétique actuel (littéraire, mais aussi artistique ou cinématographique) brouille les cartes: la cannibale rejoue l'initiation dionysiaque au sein d'un drame comme dans le film franco-belge Grave (2016), de Julia Ducourneau, ou la récente série américaine Yellowjackets (2022). Elle peut être perçue comme métaphore de la création poétique chez Catherine Lalonde, et pas simplement comme point aveugle de la barbarie ultime comme chez Goya ou encore comme un jeu transgressif chez Oleg Kulik qui rejoue en photomontage Cronos dévorant… sa fille dans une série intitulée Alice vs. Lolita.

Catharsis ou posture é-norme, le cannibalisme mérite une approche transdisciplinaire pour que l'on parvienne à cerner la complexité de ce sujet de «chair et de sang». C'est pourquoi, afin de saisir les vecteurs de la représentation du monstre en cannibale, nous interrogerons la littérature et l'art des XXe et XXIe siècles à l'aune du mythe, y compris non-occidental et autochtone (pensons à la Tête volante chez les Wyandot) pour y saisir des nouvelles postures qui éclairent sur le monde actuel.

Les articles, les textes et les œuvres de création (en français, en anglais ou en allemand) seront à envoyer au plus tard le 1er décembre 2022 à musemedusa@umontreal.ca, en mettant en copie conforme Marie-Hélène Larochelle (mlarochelle@glendon.yorku.ca) et Claire Caland (calandfc@yahoo.fr). Chaque contribution devra être accompagnée d'une brève notice bio-bibliographique, de deux résumés (sauf pour les créations!) et de deux listes de 10 mots clés, une en français et une en anglais ou en allemand (voir le protocole de rédaction).

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