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Narrations contemporaines: poétique, parcours et pratiques

Grand projet

Dates du projet: 
2016 - 2019

Le lien complexe que nous établissons avec les narrations, sous toutes leurs formes, est au cœur des questions que nous nous posons au sein de Figura, c’est qu’au-delà d’un intérêt particulier, force est d’admettre que les récits forgent nos structures identitaires. Les mythes construisent notre passé et scellent nos destins en tant que communautés ; les contes maintiennent opératoires des règles communes ; les récits d'aventures décrivent notre maîtrise du monde et de ses territoires ; les romans mettent en scène mœurs et habitudes sociales ; le cinéma puis la télévision ont porté à l'écran toutes ces narrations et d'autres encore, avant que les formes numériques interactives ne viennent jeter le trouble dans leurs structures fondamentalement linéaires.

Les différents ateliers de l’an passé ont montré que la multiplication des écrans qui atomisent l'attention, que la montée en puissance de nouvelles pratiques culturelles, telles que les jeux vidéo, et que l’irruption de dispositifs fondés sur l’interactivité et ses structures alinéaires, malmènent, si l’on peut dire, la narration. Car dans le fond, ne l’a-t-elle pas toujours été ? Si l’on s’en tient à la pratique du roman telle qu’elle s’est constituée depuis Balzac, dont l’objectif a été de faire du roman le genre des genres, force est d’admettre qu’on a lentement assisté à un abandon des formes narratives traditionnelles au profit d’une déconstruction du romanesque, transformé de l’intérieur. Néanmoins, comme pour tout cycle, les annonces de la fin du roman ou du livre ont ouvert la voie à un renouvellement, à une reprise. Ainsi, on a assisté à partir des années 80 en France, selon certains chercheurs (Blanckeman, 2000 ; Viart et Vercier, 2005 ), à un retour au narratif, à un réinvestissement des structures et des possibilités du narratif, dégagé de l’opposition stérile entre roman et nouveau roman, entre modernisme et postmodernisme. La multiplication des écrans ne s’est donc pas faite au détriment des formes narratives complexes; au contraire, comme le montre l’engouement pour les séries télé, celles-ci sont devenues les représentantes par excellence de l’art de raconter, comme si le roman feuilleton —et une forme de narration avec lui — avait été réinventé à la faveur du développement de nouveaux dispositifs écraniques.

Mais le narratif d’aujourd’hui n’est plus le récit d’antan. La fragmentation des textes, la tabularité grandissante des pages, la présence insistante de l’image, les frontières de la fiction devenues floues et poreuses, la multiplication des lieux de fiction, l’hybridité des genres et des formes, ainsi les arts (peinture, sculpture, photos) qui donnent une place nouvelle à l’écriture, créant de la sorte des narrations atomisées, etc., tous ces facteurs entrainent un important renouvellement de sa pratique.

L’objectif du projet majeur de Figura « Narrations contemporaines : Poétiques, parcours, pratiques » est d’explorer de façon systématique ce renouvellement, sans oublier d’en étudier l’archive, c’est-à-dire de saisir non pas l’origine, mais l’archéologie de cette délinéarisation, en repérer les traces, les tentatives, en circonscrire la constellation dans les divers médiums où elle se déploie.

Les transformations des narrations contemporaines attirent déjà l’attention de nombreux chercheurs. Mais la particularité du projet de Figura se loge dans  son approche. Depuis plus de quinze ans, le Centre se consacre à étudier l’imaginaire contemporain, par le biais des pratiques culturelles, artistiques et littéraires (A1), en portant une attention particulière à la fois sur ce qui le détermine historiquement et symboliquement (A3)  et sur ce qui le caractérise sur un plan médiatique (A2). Cette posture est double, car elle s’ouvre à la recherche tout autant qu’à la recherche-création, à l’étude comme à la fabrique des productions contemporaines. C’est en fonction de cette plateforme théorique et pratique que l’objectif de porter notre attention sur les narrations contemporaines prend son sens. Nous voulons jeter un regard informé et présenter un portrait différencié des pratiques narratives, abordées non seulement en littérature, mais en arts et dans les pratiques culturelles, et faire écart dans la manière d’aborder la question par rapport à une analyse historique ou comparée des formes.

Dans le cadre du projet, différentes activités scientifiques seront organisées, dont notamment un cycle de séminaires internationaux.