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Colloque - Violences postcoloniales et écritures de la réclusion (Film et littérature), dans le cadre de l'ACFAS

Author : Anonymous
Date : May 05, 2010
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Colloque

La réclusion fait partie de cette forme de violence directe qui vise le sujet en limitant sa mobilité physique (Galtung, 1969). Nous entendons par « écritures de la réclusion » les formes d'expressions diverses qui rendent compte de cette expérience de l'enfermement visant à contrôler les sujets selon un principe de localisation « forcée » et d'assignation à un lieu (Foucault, 1975). Cette assignation devient un espace-temps intermédiaire, entre mobilité et contrainte, dans la prise en otage du sujet. Ainsi, la réclusion et l'enfermement (même apparemment volontaires, directs ou métaphoriques, font l'objet de réflexions théoriques et de représentations littéraires et filmiques. Le présent colloque vise à favoriser une réflexion sur ces écritures littéraires et filmiques de l'enfermement selon les axes suivants, entre autres : - Lieu de réclusion : lieu de prise de parole, contraintes et prérogatives; les formes d'énonciation émergeant dans ce contexte de non-mobilité apparente, etc. - Temps de réclusion : la forme physique des lieux de la réclusion et la porosité des frontières et structures de contrainte donneront lieu à des réflexions mettant en lien écriture et maternité, enfermement et rétrospection, mémoire et oubli, etc. - Pratiques transgressives : modalités de la réclusion, stratégies de dépassement des frontières, dans la mesure où l'extérieur et l'intérieur ne peuvent cesser de communiquer.

 

MATINÉE
09:00 - 12:30 Réclusion et récits de (sur)vie

Présidence/animation : Isaac BAZIÉ, UQAM

09:00 Mot de bienvenue

09:15 Carolina FERRER, UQAM. Littérature hispano-américaine postdictatoriale et réclusion 

La littérature hispano-américaine maintient des liens très complexes avec la dictature. Autant celle-ci est le sujet de nombreux textes littéraires, autant le pouvoir exercé par les dictateurs détermine les conditions de production et de diffusion des œuvres artistiques. En particulier, suite à la série de coups d’État qui a lieu à l’extrême sud du continent (Uruguay 1973, Chili 1973, Argentine 1976), nous constatons l’essor d’une littérature postdictatoriale, directement reliée aux évènements de cette époque. Or, dans ces pays, pendant les années 1970 et 1980, la répression empêche la publication et la circulation de textes qui portent sur la dictature. En effet, un certain nombre de ces ouvrages est publié de façon clandestine ou à l’étranger et il faut attendre le retour de la démocratie (Argentine 1983, Uruguay 1985, Chili 1990) pour qu’on puisse véritablement parler de la constitution d’une littérature postdictatoriale. Dans cette communication, nous nous attarderons sur deux livres qui s’inscrivent d’emblée dans cette catégorie littéraire et qui portent sur l’expérience de la réclusion. Il s’agit, premièrement, du roman Une maison vide (1996) de l’auteur chilien Carlos Cerda. L’analyse de ces deux romans nous permettra de mettre en lumière plusieurs dimensions de l’individu et de la société qui sont profondément atteintes lorsqu’un pays est la proie de la violence d’État.

09:45 Nouzha TAHIRI, UQAM. L’écriture d’Abdellatif Lâabi : une arme contre la réclusion

En effet, toute œuvre traduisant la mémoire d’un reclus et d’un exclu, se veut une transmission d’un traumatisme social causé par l’injustice et le manque de liberté. Ceci fait l’objet d’une méditation approfondie traduite par l’auteur Abdellatif Laâbi, un écrivain marocain de langue française qui écrit, depuis sa singularité, une expérience à la prison pendant huit ans. Pour approcher la notion de réclusion et d’enfermement dans l’écriture d’Abdellatif Laâbi, je vais la traiter sous les aspects suivants: Quel est le contexte historique qui couvre la création artistique et littéraire ainsi que la position politique d’Abdellatif Laâbi? Sous quels aspects pourrait-on cerner les dimensions de réclusion et d’enfermement bien mentionnées dans ce récit? À quel point la réclusion d’un prisonnier (de son corps et de ses idées) devient une arme fortifiant son être, son présent et son futur? La réclusion est-elle un élément important dans l’engagement de l’écrivain, voire un élément pour contrer la culture centralisée de la bourgeoisie. Est-elle un moyen pour une prise de parole et pour un abolissement des frontières?

10:30 Joseph WOUDAMMIKÉ. Le Centre de rééducation civique (C.R.C.) de Tchollire : 1965-1992

Conçu pour abriter les individus réputés dangereux pour l’ordre public, le CRC de Tcholliré est un centre d’internement administratif créé en 1965. Il est la matérialisation de l’ordonnance No5 du 04 octobre 1961 relative à la répression et aux restrictions des libertés individuelles au Cameroun. Les textes qui régissent son fonctionnement sont à la limite flous. Ce travail ambitionne d’étudier dans les subtilités cette structure pénitentiaire d’un genre particulier. Son organisation et son fonctionnement montrent qu’il s’agit plutôt d’un « camp de concentration » conçu pour garder des adversaires politiques. Le choix de Tcholliré comme ville d’accueil du centre est stratégique et politique. Très rapidement, la ville de Tcholliré est devenue lieu de désolation et de déportation. Symbole de l’arbitraire étatique, le CRC a résisté au temps jusqu’à sa transformation en prison de production de Tcholliré II en 1992. L’étude d’un tel thème permet d’établir d’une part, une connexion avec la politique de répression des acteurs politiques au Cameroun et, d’autre part, celle de la déportation et de mise en résidence surveillée des acteurs politiques qui ont eu maille à partir avec les régimes au pouvoir. En effet, l’examen de ce site de déportation et d’assignation à résidence surveillée permet d’explorer les conditions géographiques, historiques et stratégiques favorables à l’isolement et au bannissement des adversaires politiques redoutables, réels ou supposés.

11:00 Viviane AZARIAN.Chronotope de la réclusion et climat de peur dans quelques récits et films de témoignage du génocide au Rwanda

Comment les cent jours de génocide au Rwanda en 1994 sont-il représentés dans les récits et films de témoignage ? En particulier à quel traitement narratif de l’espace donne lieu l’expérience de l’enfermement et de la réclusion forcée ? La lecture de trois récits du génocide au Rwanda par des rescapés nous permettra de dégager quelques pistes de réflexion : les textes d’Annick Kayitesi, Nous existons encore , de Marie-Aimable Umurerwa, Comme la langue entre les dents , et de Gilbert Gatore, Le passé devant soi qui présente la particularité d’être la reconstitution fictionnelle d’un journal tenu pendant le génocide et confisqué à la frontière zaïroise. Enfin l’analyse du film documentaire de Léo Kalinda, « Mères Courage », où de telles expériences de la réclusion sont représentées selon des modalités diverses nous permettra de rendre compte du traitement narratif de l’espace, entre enfermement, empêchement d’agir et mobilité retrouvée par le geste d’écriture pensé comme trajet ; mais aussi des procédés narratifs complexes qui lient traitement narratif de l’espace et du temps, notamment autour du motif de l’attente, dans l’écriture testimoniale.

11:30 Julien KOHLMANN. Entre faire mourir et faire vivre : l'intransigeance du reclus

Le personnage de Lefeu, vieil homme dont on ne sait rien précisément des traumatismes qu'il a vécu, se trouve reclus chez lui, alors que des promoteurs souhaitent le reloger pour prendre possession de l'immeuble où il vit. La narration amorce alors, dans un rapport délicat avec la mémoire, une géographie complexe, entre les réminiscences du vieux peintre et sa présence ascétique dans son appartement, qu'il ne veut quitter. La réclusion est ainsi une manière de faire surgir les pratiques artistiques de Lefeu, en prise avec la difficulté de saisir et de montrer une expérience pesante, un passé emprunt de mystère dont le seul souvenir direct est un poème de Hölderlin et un avenir saturé par l'impuissance du dire. C'est alors la réclusion du personnage durant la seconde guerre mondiale qui resurgit, dans un ambigu rapport à la mort, à la survie, au bourreau, à la négation de L'être-au-monde. Par l'étude de ce texte nous souhaiterions donc montrer comment, par cette ascèse, voulue et imposée, l'écriture de la réclusion met en avant les brouillages internes d'un sujet accaparé par sa présence au monde, par les brouillages de la communication, des structures persistantes tels que le temps et l'espace.

 

APRES-MIDI
14:00 - 17:30 Représentations du carcéral
Présidence/animation : Carolina FERRER, UQAM

14:00 Ching SELAO. Enfermement et liberté dans l’œuvre de Patrick Chamoiseau

Cette communication, dont le titre associe deux éléments d’apparence contradictoire, propose d’examiner les lieux d’enfermement dans l’œuvre de Patrick Chamoiseau, espaces à travers lesquels l’auteur met en place des pratiques transgressives ou, pour le dire avec les mots d’Édouard Glissant, des stratégies de détour. L’île natale de ces écrivains, à la fois lieu d’inspiration et de domination culturelle et politique qui met en cause le concept de post-colonialité, porte en elle des histoires indicibles: histoires d’esclavage, de brutalités coloniales, d’enfermements dans des endroits infâmes et de morts atroces. Pourtant, de ces histoires d’horreur surgissent, contre toute attente, des personnages incarnant une liberté presque absolue. L’exemple le plus éloquent d’un tel personnage se trouve dans Un dimanche au cachot (2007), roman qui nous invite, comme l’annonce le titre, à découvrir ce lieu inhumain d’où émerge, paradoxalement, un imaginaire de liberté, de marronnage romanesque. Entrecroisant deux époques, une époque dite révolue et celle contemporaine, Chamoiseau nous convie à pénétrer dans cet espace clos où le lecteur pourrait facilement étouffer si la plume n’était celle d’un grand écrivain pouvant faire de ce lieu abominable un espace de liberté. L’analyse insistera sur ce roman, tout en puisant dans d’autres livres de Chamoiseau qui abordent la notion d’enfermement, et ce, au sens propre et métaphorique du terme.

14:30 Caroline GIGUÈRE, Université de Montréal. L’enferment dans La fabrique de cérémonies de Kossi Efoui

La présente communication se propose de mettre en évidence deux formes d’enfermement mises en scène dans La fabrique de cérémonies (2001) de Kossi Efoui. D’abord, nous examinerons la représentation de la réclusion dans la prison secrète de Tapiokaville, qui constitue le coeur de l’intrigue du roman. Cet emprisonnement hors-la-loi (Foucault, ), secret, procédant par enlèvement, est décrit dans l’après-coup de la libération comme une violence directe, s’en prenant directement au corps (Galtung, 1990). Nous analyserons en ce sens la manière dont le principe de la réclusion s’inscrit à même le corps des personnages d’un part en les rendant “invisibles” pour leur communauté et, d’autre part, en les rendant “lisibles” pour le pouvoir dictatorial qui les marque de son sceau. Ensuite, nous tenterons de démontrer comment la récupération des témoignages par le discours médiatique, telle que représentée dans le roman, constitue une autre forme de violence, systémique, indirecte, que Baudrillard appelle la “violence virtuelle” et qui mène à “la désincarnation de tout réel et de tout référentiel” (1995).

15:15 Rajaa BERRADA. Histoire des femmes / Écriture de l'Histoire. L'Amour, la fantasia et Les Nuits de Strasbourg d'Assia Djebar

La réclusion et la violence faite aux femmes ont engendré un silence d'abord de la part des femmes qui n'ont pris la parole pour se manifester en tant que personnes à part entières participant/ subissant le mouvement de libération, pendant les guerres que l'Algérie a connues et de la part des hommes qui ont omis de considérer l'action des femmes et d'en parler publiquement après l'indépendance. Ce mutisme imposé en quelque sorte a participé à une écriture de l'histoire qui n'a pas accordé de place aux femmes. A.Djebar dans ces deux romans/ témoignages a ouvert pour nous les archives officielles, les a exhibées afin des les interroger sur l'absence des femmes et par conséquent pour dénoncer ces blans de l'Histoire qu'elle a essayé de combler, elle par son imaginaire d'une part et par le témoignage de celles qui ont participé à la guerre d'indépendance d'autre part.

15:45 Isaac BAZIÉ, UQAM. Réclusion et narrativité délinquante

La réclusion entendue comme enfermement forcé et immobilisation des sujets, vise à les soustraire de l’espace social. Ce fait a pour conséquence de limiter non seulement la sphère d’action des personnes recluses, mais surtout de circonscrire dans l’exiguïté leur espace de communication. L’excommunication est ici tout aussi rejet de la communauté, qu’éjection de l’espace de communication. La réclusion deviendrait par conséquent ce lieu qui marque l’envers, le hors lieu communicationnel, l’espace du non-échange et de la minimalisation des procédés sémiotiques. Ceci est un postulat qui sous-tend les pratiques d’enfermement telles qu’on peut les observer au quotidien, qu’elle soient soumises à l’autorité judiciaire ou comme Foucault le dit, plutôt identifiées comme enfermement hors-la loi.La présente communication vise à démontrer, à la suite de J. Gil, Foucault et surtout de Michel de Certeau, que l’immobilisation et l’ex-communication des sujets dans la réclusion est une réalité physique mais une illusion au plan sémiotique. La production des récits devient dans cet espace exigu un élément essentiel qui, s’il perd en expansion, gagne en intensité en mettant au jour les mécanismes les plus élémentaires de la capacité des sujets à produire les récits qui signalent leur être au monde.

16:30 Mot de clôture

 

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