Propulsé par Drupal
Médecins et médecines imaginaires

Colloque annuel du CRIST - C’est grave, docteur? Médecins et médecines imaginaires

Author : Line Dezainde
Date : Apr 12, 2013
Category :
Comment : 0
13
Annonce

Vous êtes cordialement invités au Colloque annuel du CRIST (Centre de recherche interuniversitaire en sociocritique des textes) intitulé C’est grave, docteur?  Médecins et médecines imaginaires. Le colloque se déroulera les 25 et 26 avril, à la Salle des boiseries (J-2805) du Pavillon Judith-Jasmin situé au 405, rue Sainte-Catherine Est.

 Qui voudrait goûter à la médecine de Victor Frankenstein? Au bistouri de Charles Bovary? Confier son corps au scalpel d’Hannibal Lecter ou aux forceps du docteur Slop, le « man-midwife » de Tristam Shandy? Que deviendrait le serment d’Hippocrate redéfini par Diafoirus et Dr. No? Si la fiction, selon la définition de J. G. Ballard, consiste à tester des hypothèses extrêmes, combien d’œuvres littéraires (ou cinématographiques ou télévisuelles) ne pourraient être interprétées comme autant d’expériences visant à éprouver le fameux axiome de M. Smith, qui proférait dans La Cantatrice chauve qu’« [u]n médecin consciencieux doit mourir avec le malade s’ils ne peuvent pas guérir ensemble »?

Maléfiques, incompétents, grotesques, fourbes ou sublimement dévoués, figures christiques ou véritables dangers publics, les personnages de médecins sont si nombreux qu’on serait tenté de promettre, pour pasticher le (bien réel) docteur Gaétan Barrette, qu’on aura sous peu « un médecin par livre ». Du Rondibilis de Rabelais au Docteur Ventouse, bobologue de Claire Brétécher, cliniciens imaginaires et autres toubibs de papier n’ont cessé d’ausculter le grand corps social et d’émettre des pronostics plus ou moins rassurants sur l’avenir du genre humain. Truchements de nos rêves, tel le Bordeu de Diderot, témoins de nos errances (Rieux dans La Peste, Bardamu dans Voyage au bout de la nuit) ou grands fabulateurs se payant la fiole de leurs concitoyens (Knock, de Jules Romains), ils se contentent rarement de juger l’état du malade : ils prennent le pouls du monde, du leur comme du nôtre. C’est à ce titre qu’ils intéressent particulièrement la sociocritique. Le cinquième colloque annuel du CRIST leur sera consacré.

Que signifie, pour une société donnée, l’intervention d’un médecin au sein d’un dispositif textuel? Grâce à quels savoirs (scientifiques, occultes, juridiques), à quelles accointances idéologiques (avec le prêtre, le politicien, le marchand, le notaire, l’artiste, le juge, le policier) les médecins se sont-ils imposés au fil des siècles comme figures privilégiées pour penser le rapport entre texte et imaginaire social? À la suite d’Henry Fielding, qui observait que « chaque médecin a sa maladie favorite » (Tom Jones), on se demandera quels états pathologiques, quels malaises attirent de préférence l’attention des praticiens fictifs. Quelles peurs collectives permettent-ils de canaliser? Quelles tensions, à l’intérieur de la semiosis sociale, leur présence dans les textes (ou à l’écran) parvient-elle à cristalliser?

Grands sémioticiens des corps, les médecins entretiennent avec les signes et les mots un rapport complexe, au sujet duquel il y aura lieu de s’interroger. Si leur « pompeux galimatias » (L’Amour médecin) conforte à l’occasion les malades – du moins ceux qui attendent d’eux, plus encore que de guérir, d’entendre nommer ce dont ils souffrent–, leur jargon fut aussi de tout temps un objet de moqueries. L’auteur d’un fameux quatrain le rappelle au sujet du dottore Balanzone de la Commedia dell’arte : « Quand le docteur parle, l’on doute / Si c’est latin ou bas breton ». Ce savant baragouin, il leur arrive pourtant de le manipuler en habiles rhéteurs ou en fins poètes. Qui pourrait rester insensible aux sophistications lexicales d’un Knock (« Ne confondons pas : est-ce que ça vous chatouille, ou est-ce que ça vous grattouille? »), comme aux images qu’il invente pour expliquer à une patiente la cause de ses insomnies (« Représentez-vous un crabe, ou un poulpe, ou une gigantesque araignée en train de vous grignoter, de vous suçoter et de vous déchiqueter doucement la cervelle »)? Qui n’a jamais cherché à déchiffrer une ordonnance sans se demander jusqu’où l’on pouvait pousser l’étude de la calligraphie? Y a-t-il une profession qui ait davantage contribué que la leur à perfectionner l’art de la litote? Une maxime des Aventures potagères du Concombre masqué de Nikita Mandryka, affichée au-dessus de la maison d’un célébrissime médecin, indique à quelles extrémités leurs raffinements langagiers peuvent parfois les mener : « Docteur Freud. Voit tout, sait tout (mais n’en dit mot) ».

On se penchera en outre sur les contours imprécis de cette figure polymorphe, propre à cumuler les fonctions les plus diverses. On se demandera, par exemple, à la faveur de quelles discordances politiques, chez Ionesco, « monsieur le médecin du roi » peut être tout à la fois « chirurgien, bactériologue, bourreau et astrologue de la cour ». Comment se définit le médecin, dans les textes, par rapport à ses avatars, voire à ses adversaires déclarés : la sage-femme, l’apothicaire, le thérapeute, l’infirmière, le confesseur, le charlatan? On ne laissera dans l’ombre ni les médecins qui s’ignorent (du fabliau « Le Vilain Mire » à « Mademoiselle Bistouri » de Baudelaire) ni les médecins salaces (« Le Médecin de mamie » de Ronsard, « Dr. Love » de Kiss, Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick). On pourra suivre leurs traces à travers romans, poèmes, pièces de théâtre, bandes dessinées, films, peintures, chansons (qui n’a jamais appelé à son chevet le peu orthodoxe « Doctor Robert » des Beatles?), sans oublier la pléthore de séries télévisuelles qui leur a été consacrée (Dr. House, Urgences, Grey’s Anatomy, Dr. Quinn, Marcus Welby, Doctor Who…). On ne négligera pas non plus les représentations des actes (diagnostics, auscultations) et de leurs conséquences (guérison, aggravation, mort, résurrection). On cherchera à savoir ce que peuvent ces innombrables médecins fictifs, anamorphoses ou calques de ceux que nous présente la semiosis sociale, grands médiateurs entre la vie et la mort, figures éclatées devant composer avec la raison comme avec la folie, avec les corps réels comme avec les théories.

 

 

Programme  (en format PDF)

 

Jeudi 25 avril

 

9 h        Accueil

9 h 15    Mot de bienvenue (Jean-François Chassay et Geneviève Lafrance, UQAM)

 

I.  Des médecins dans la cité (vagabondages thérapeutiques)

 

Président de séance : Benoît Melançon (Université de Montréal)

 

9 h 30    Geneviève Boucher (Université d’Ottawa)

« Du traitement des maladies vénériennes aux recherches sur l’électricité médicale : Marat et la figure du médecin ami du peuple »

9 h 50    Clémence Aznavour (Université de Rennes 2)

« Emander, médecin civilisateur? Le corps malade comme lieu d’expression d’un pouvoir »

10 h 10  Joël Castonguay-Bélanger (University of British Columbia)

            « Poésie prophylactique (ou la synonymie au service de la médecine) »

 

10 h 30-11 h Discussion

 

11 h-11 h 30 Pause

 

11 h 30  Florence Chantoury-Lacombe (Université de Montréal)

            « Le saint thaumaturge : médecin malgré lui »

11 h 50  Lucie Desjardins (UQAM)

            « Hippocratine et autres médecins des mondes à l’envers »

 

12 h 10-12 h 30 Discussion

 

II. Pharmacopées (quand la maladie contre-attaque)

 

Président de séance : Yan Hamel (TELUQ)

 

14 h      Judith Sribnai (Université d’Ottawa)

« “Jusqu’où souhaites-tu me voir sombrer ?”  Le médecin, son malade et leurs secrets dans À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie et Le Protocole compassionnel d’Hervé Guibert »

14 h 20  Betty Berdnarski (Dalhousie University)

« Médecine et échec? De quelques cas de médecins fictifs dans l’œuvre de Jacques Ferron »

 

14 h 40-15 h Discussion

 

15 h-15 h 30 Pause

 

15 h 30  Alain Farah (Université McGill)

« Un mauvais sujet. Emmanuel Carrère, Jean-Claude Romand et la maladie du mensonge »

15 h 50  Elaine Després (Université de Bretagne occidentale)

            « Guérir la finitude : les médecins de la post-humanité »

16 h 10  Pierre Popovic (Université de Montréal)

« Rancir durable. Sur Le calme retrouvé de Tim Parks et Journal d’un corps de Daniel Pennac »

 

16 h 30-17 h Discussion

 

Vendredi 26 avril

 

III. Le médecin dans tous ses états

 

Présidente de séance : Geneviève Sicotte (Université Concordia)

 

9 h        Sébastien Roldan (UQAM)

« La vie cérébrale décadente disséquée façon naturaliste : Édouard Rod et L’Autopsie du docteur Z*** »

9  Marc Angenot (Université McGill)

« Morbus democraticus »

9 h 40    Tanka G. Tremblay (Université McGill)

« Médecins à lier : de l’aliéniste incompétent à l’aliéniste fou dans l’imaginaire social français de la fin du XIXe siècle »

 

10 h-10 h 30 Discussion

 

10 h 30-11 h Pause

 

11 h      Bernabé Wesley (Université de Montréal)

            « Le docteur Destouches, un médecin qui passait pour un patient »

11 h 20  Emmanuel Basset (Université de Sorbonne nouvelle, Paris 3)

« Diagnostic, autopsie, contemplation. Aspects théoriques et enjeux esthétiques du regard médical dans la Traumnovelle d’Arthur Schnitzler »

11 h 40  Alexandre Klein (Cégep André-Laurendeau)

            « La figure du médecin dans le théâtre d’épouvante d’André De Lorde et d’Alfred Binet »

 

12 h-12 h 30 Discussion

 

IV. Scanographies américaines

 

Président de séance : Sylvain David (Université Concordia)

 

14 h      Daniel Grenier (UQAM)

            « Moi, ma mère et Morgentaler, ou la politique de l’avorteur dans la fiction »

14 h 20  Laurence Pelletier (UQAM)

« “We do women” : et la gynécologie créa la femme. Essai sur le film Dead Ringers de David Cronenberg »

 

14 h 40-15 h Discussion

 

15 h-15 h 30 Pause

 

15 h 30  Maud Desmet (Université de Poitiers)

« La figure du médecin misanthrope dans les séries télévisées : quelle relation au corps contemporain dans House et Nip/Tuck ? »

15 h 50  Martin Winckler (Université d’Ottawa)

« Greg House, le shaman qui a lu Darwin (mais aussi Jeremy Bentham et John Stuart Mill) »

16 h 10  Jean-François Chassay (UQAM)

            « Le corps souffrant chez Philip Roth : une pathologie américaine »

 

16 h 30-17 h Discussion

 

17 h Vin d’honneur

Participation / Organisation

Organisateur membre
Membre participant
Membre participant
Membre participant
Membre participant
Membre participant
Membre participant
Membre participant
Participant non-membre
Participant non-membre
Participant non-membre
Participant non-membre
Participant non-membre
Participant non-membre
Participant non-membre
Participant non-membre
Participant non-membre
Organisateur non-membre