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«On parlera un jour des archives du désir». Colloque sur l'oeuvre d'André Roy

Author : Elaine Després
Date : Sep 21, 2021
Category :
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Activité étudiante
Journée d'étude
Action Writing, Les passions, L’accélérateur d’intensité, Nuits, Vies, La vie parallèle: l’œuvre poétique et essayistique d’André Roy est marquée par des cycles et quelques électrons libres. Plus récemment, c’est à une série d’hommages qu’il nous a convié·es, en établissant un dialogue avec l’œuvre de Kafka, de Mandelstam et de quelques écrivain·es persécuté·es ou écorché·es par l’histoire littéraire. Penser sa poésie selon un système cyclique comme il le fait, «c’est faire un vœu sur la durée» (Leclerc, 2012:42), ce qui inscrit d’emblée son œuvre dans l’inachèvement, comme un constant work in progress. Mais malgré cette imposante production d’une trentaine de titres sur près de cinquante ans –ayant reçu de nombreux prix– cela n’a pas empêché son œuvre d’être passablement ignorée par le milieu universitaire; comme on le constate dans la bibliographie jointe à cet appel, si on a consacré une trentaine de critiques à l’œuvre royenne au fil des ans, peu –voire pas– d’études, de mémoires ou de thèses s’y sont intéressé·es. Mise à part sa participation au renouveau formaliste de la poésie québécoise dans les années 1970 –aux côtés de Nicole Brossard, François Charron, Roger Des Roches, Normand de Bellefeuille, Claude Beausoleil et France Théoret, notamment– l’histoire littéraire lui a accordé assez peu d’importance, quelques lignes tout au plus. Pourtant, en 1981, Roy, parlant de sa déconstruction formelle et langagière du recueil de poésie, «[se] réjouiss[ait] d’avance à l’idée que les universitaires allaient barbotter là-dedans», «par malice, par ironie» (Bonenfant et Giguère, 1981:53). Le présent appel vise à renverser cette tendance en défrichant les territoires inexplorés de cette œuvre trop longtemps négligée.
 
Doctorant en études françaises de l’Université de Sherbrooke, professeur de niveaux universitaire et collégial, journaliste, critique littéraire (Fugues) et de cinéma (24 images), André Roy a été un acteur important dans le milieu culturel québécois des dernières décennies. Il est surtout l’un des premiers écrivains ouvertement gai du Québec (avec Michel Tremblay et Jean-Paul Daoust), de même que l’un des premiers à avoir écrit sur le sida dans la littérature québécoise. D’aucuns qualifieraient aujourd’hui son œuvre de queer, formellement et thématiquement: il s’agit d’une écriture ironique qui cherche d’abord la jouissance du texte (Barthes), qui déjoue les conventions formelles et déplace les signifiants, et ce, afin de «parasiter la communication» (Bonenfant et Giguère, 1981:53) et d’instituer une nouvelle lisibilité à travers l’indicible, le non-dit et le manque. Poésie carnavalesque, écriture du détraquage et de la rupture, elle est aussi ancrée dans les pulsions du corps sexué, machinée par le désir; ce faisant, elle ne cesse de jouer, de produire un dialogue entre le sujet cultivé et le sujet désirant. On a plus souvent qualifié ses textes d’intimistes, voire d’autobiographiques, en considérant l’énonciation au je qui apparaît dès 1979 et la figure d’«André» qui arpente la plupart de ses recueils comme une invitation à la mise à nu solidaire permettant de se retrouver soi-même dans l’autre. Son œuvre poétique est toutefois ponctuée de références intermédiales (au cinéma, à la peinture, au théâtre, à la danse), et le dialogue avec d’autres œuvres littéraires et d’autres arts en constitue l’une des isotopies dominantes. Sans être didactique, sa poésie porte également une charge politique: s’investissant dans l’écriture d’un désir minoritaire, elle aborde aussi des enjeux sociohistoriques importants (l’épidémie du sida dans On sait que cela a été écrit avant et après la grande maladie, par exemple, ou la persécution du peuple juif dans La très grande solitude de l’écrivain pragois Franz Kafka). Toute cette œuvre lucide est traversée par la réécriture, l’autoréférentialité, le ressassement et une réflexion sur sa propre pratique, au point où Paul Chanel Malenfant l’envisage comme une «chronique de métamorphoses » (1992:170).
 
Programme
 
Jeudi 21 octobre 2021
Université du Québec à Montréal, Centre Pierre-Péladeau, Salon orange, 300, boul. de Maisonneuve Est.
 
19 h Lecture de textes d'André Roy par le comédien Jean Marchand, accompagné par la violoncelliste Chloé Dominguez, suivie d'un entretien avec l'auteur animé par le journaliste Dominic Tardif.
 
 
Vendredi 22 octobre 2021
Université de Sherbrooke, Campus de Longueuil, L1-3605.
 
9 h 30 Mot de bienvenue par Kevin Lambert (écrivain, CRILCQ, Université de Montréal) et Étienne Bergeron (Figura, Université du Québec à Montréal)
 
9 h 40 Première séance
Présidée par Carole David (poétesse)
  • Michaël Blais (CRILCQ, Université de Montréal), « Mémoire rose. Réconcilier histoire et homosexualité à travers les lectures d’André Roy »
  • Maxime Poirier-Lemelin (Université de Montréal), « Nuits »
  • Alice Michaud-Lapointe (écrivaine, Université de Montréal),« Le voyage cinéphile d’André Roy »
 
11 h Deuxième séance
Présidée par Laurence Oulette-Tremblay (CRILCQ, Université McGill)
  • Étienne Bergeron (Figura, Université du Québec à Montréal), « “Ça m’vomit sans voix sans organes bien décomposé” : l’écriture “machinée” par le désir d’André Roy »
  • Arilys Jia (Université de Montréal), « Les appétits d'Action Writing »
  • Kevin Lambert (écrivain, CRILCQ, Université de Montréal), « Existe-t-il une “transmission” gaie ? Passage du temps et relation dans la poésie d'André Roy »
 
12 h 20 Dîner
 
13 h 40 Troisième séance
Présidée par Élise Turcotte (écrivaine)
  • Nicholas Dawson (écrivain, Figura, Université du Québec à Montréal), «Quelques lettres pour ne pas mourir : Maladie de l’hommage et temporalité queer chez André Roy »
  • Nicole Brossard (écrivaine), « Intelligence et corps à corps de mélancolies »
  • Pierre Samson (écrivain), « Plan rapproché de l’espion quatorze fois estimable André Roy, poète et ami »
 
14 h 45 Pause
 
15 h Quatrième séance
Présidée par Roxane Desjardins (écrivaine)
  • Antoine Forcione (Université du Québec à Montréal), « Cartographier le désir : Trajets et paysages passionnels dans les réécritures d’André Roy »
  • Gérald Gaudet (écrivain), « André Roy et le désir mélancolique »
  • Bertrand Laverdure (poète), « La sentimentalité matérialiste dans le cycle de L’accélérateur d’intensité»
 
16 h 20 Mot de la fin
 

 

Participation / Organisation

Organisateur membre
Organisateur non-membre