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S'habiller en Pravda : la Vérité et ce qu'on dit en son nom - Dixième conférence inaugurale du CRIST

Author : Elaine Després
Date : Aug 08, 2017
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Conférence

Programme à venir.


« La vérité, comme si quelqu’un au monde savait cexé », remarquait Gabriel dans Zazie dans le métro. Parce qu’elle est justement complexe et difficilement saisissable, la vérité est un graal hors de portée, mais que tous ont sur le bout de la langue et qui déchaîne l’imagination. Que ne dit-on, en effet, en son nom ? Quels dénis, quels détournements, quelles manipulations et quels mensonges ne lui inflige-t-on ? Les transformations et les détournements de la vérité trouvent dans les romans, la poésie, le théâtre, les films, la peinture ou les bandes dessinées un lieu de représentation à la fois privilégié et ambivalent. À quelles figures, quels récits et quelles images la vérité usurpée, escamotée ou galvaudée donne-t-elle lieu dans les arts ? C’est à cette question des transformations et détournements de la vérité que sera dédiée la Dixième Séance inaugurale du Centre de recherche interuniversitaire en sociocritique des textes.


« Tous [les hérétiques] errent d’autant plus dangereusement qu’ils suivent chacun une vérité » (Pensées, XXIV, 12), avertissait Pascal. Pour celui qui s’en prétend le détenteur, le messager ou le défenseur, la Vérité – la seule, l’unique – ne s’écrit qu’au singulier et avec une majuscule propre à déclarer les professions de foi en tous genres. Parfois victimes d’un déni de vérité comme le colonel Chabert ou le faux coupable hitchcockien (North by Northwest), les personnages qui prétendent dire la vérité sont souvent aussi des menteurs hauts en couleur. Imposteurs spirituels si difficiles à démasquer que leur nom, comme celui du Tartuffe, passe dans le langage courant ; experts qui vous prient de les croire sur parole ; pseudo-scientifiques, inventeurs mythomanes tel Courtial des Pereyres dans Mort à crédit ; médecins qui, du Docteur Knock au personnel médical de la trilogie du sida d’Hervé Guibert, compensent les limites de leur savoir par des abus de pouvoir, les faux prophètes, les crédules à l’imagination débridée et les vrais charlatans peuplent la galerie des détenteurs de vérité.
Ces personnages ne clament pas seulement des contre-vérités ; ils passent maîtres dans l’art de la contrefaçon, de l’imposture ou de l’illusion. Prestidigitateurs virtuoses, faussaires magnifiques à l’image du Elmyr de Hory de F for fake d’Orson Welles, détectives de pacotille (Manhattan Murder Mysteries), cambrioleurs habiles qui se drapent de convictions libertaires dans Le Voleur de Georges Darien, escrocs inventifs ou plagiaires qui se substituent à l’original : il est des faux qui sont plus vrais que nature.
Comment l’art et la littérature mettent-ils en scène ces fausses vérités qui ont la vie longue ? Les dérives rhétoriques et autres abus de langage qui caractérisent les déformations du vrai interrogent, au-delà de la rhétorique du vrai, les procédés de fabrication discursive de la vérité, à savoir les représentations, les stéréotypes et les clichés, les idéologies et les paradigmes en fonction desquels une assertion passe pour vraie et une autre pour fausse. Ils questionnent également l’ère des fausses nouvelles ou, pour parler la novlangue du jour, les alt- et les fake news d’une société qui aurait désormais adopté le régime cognitif de la « post-vérité ». Quels détours et manœuvres langagiers pour travestir le fake en véridique ? Comment fabriquer un vrai faux fait (pratiques qui ont fait notamment, dès le XVIIe siècle, les débuts et la gloire du « canard ») ?
La vérité et ses avatars donnent parfois lieu à des mystifications géniales – l’adaptation radiophonique de La Guerre des mondes par Orson Welles déclencha des émeutes en 1938 –, des canulars ou des supercheries célèbres. À la faveur d’un quiproquo, d’une erreur sur la personne ou de toute autre Méprise, titre du roman éponyme de Nabokov, les fausses vérités se répandent comme une traînée de poudre et déchaînent l’affabulation d’une ville, d’un pays, de la sphère médiatique ou du web. Le grand livre des infortunes de la vérité déborde de prophéties « abracadabrantesques », de faux semblants, d’intrigues de château ou de jeux de dupes ; il est marqué par des batailles politiques ou sociales où triomphe l’art de la ruse décrit dans Le Prince, par des enquêtes judiciaires ou policières plus tard dénoncées comme des parodies de justice. La poéticité des transports métaphoriques qu’elle inspire, la performativité de ses serments solennels (« the truth, all the truth, nothing but the truth »), les valeurs morales ou l’ethos de la vérité font l’objet de détournements et de multiples malversations sémantiques où l’« hypocrite lecteur » des Fleurs du mal a, lui aussi, sa part.
 

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