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De l’archive à l’oeuvre: la mémoire face à la crise historique en littérature contemporaine

Appel à communication

87e Congrès de l’ACFAS – activité no 310
27 et 28 mai 2019, Université du Québec en Outaouais

Si son ancrage est éminemment social, puisque «[n]ulle archive [n’est] sans dehors» (Derrida 1995), le document est forcément soumis à un traitement qui est marqué, à divers degrés et de multiples façons, par la subjectivité de l’auteur qui y a recours. À la lumière d’oeuvres produites au cours des trois dernières décennies en France et au Québec, il convient de se demander si la littérature contemporaine bouscule, voire met en doute ce que l’on pourrait désigner comme le fondement étymologique de l’archive, sachant que l’arkhé grec désigne autant le commencement que le commandement, comme le rappelle Derrida (1995).
Par son utilisation de l’archive, la littérature incite à un détournement historique — lequel n’est pas forcément à voir de manière négative, dans la mesure où l’oeuvre cherche moins à remplacer l’histoire qu’à la replacer. Aussi, pour restreindre le cadre visé par ce colloque, désirons-nous nous limiter à l'analyse d’oeuvres qui s’intéressent à la crise historique — qu’on pense en France bien sûr à la Seconde Guerre mondiale (Haenel 2009; Vuillard 2017) et à l’Occupation (Modiano 1997, voire l’ensemble de son oeuvre), à la guerre d’Algérie (Daeninckx 1991; Mauvignier 2009) et à Mai 68 (V. Linhart 2008; Kaplan 2018), ou au Québec à la crise d’Octobre 1970 (Hamelin 2010; Leblanc 2006). Au demeurant, l’archive envisagée, composée de ces «morceaux de vérité à présent échoués [qui] s’étalent sous les yeux: aveuglants de netteté et de crédibilité» (Farge 1989), pourra être exprimée sous ses différentes formes (historiques, journalistiques, familiales ou personnelles) et sous ses divers
supports (scriptural, photographique, vidéo).
Nous sollicitons des communications qui aborderont les stratégies discursives déployées dans la littérature contemporaine pour rendre compte d’événements historiques marqués par un contexte de crise. Quel rapport la littérature entretient-elle avec l’histoire (grande ou petite)? À quelles exigences éthiques particulières le travail d’archive contemporain renvoie-t-il? Comment ce travail s’exprime-t-il selon que les personnes touchées sont encore vivantes ou mortes, qu’il y a ou non des témoins? Quelle(s) posture(s) (Meizoz 2007) l’auteur adopte-t-il et, le cas échéant, comment se met-il en scène à l’intérieur de son oeuvre (de manière ouverte ou dissimulée)? Nous proposons d’explorer ces questions en empruntant un ou plusieurs des axes d’analyses suivants, sans pour autant exclure d’autres avenues:
- Les stratégies d’écriture, ou les ambiguïtés de la vérité en littérature contemporaine relativement au réel et à l’histoire (incertitude, doute et mensonge, camouflage et détournement);
- Les stratégies génériques, ou comment l’archive en littérature soulève des ambiguïtés quant au statut de l’oeuvre produite, mais aussi des discours auxquels l’histoire adhère;
- Les stratégies réflexives, ou la mise en scène du travail d’archive comme caution du travail littéraire.

Ce colloque, qui s’inscrit dans le cadre des travaux de l’équipe «Poétiques et esthétiques du contemporain» (FRQSC) et d’une recherche en cours intitulée «Mise en scène et écriture de la personne réelle dans les fictions contemporaines» (CRSH), aura lieu à l’Université du Québec en Outaouais, les 27 et 28 mai 2019, dans le cadre du Congrès de l’ACFAS. Veuillez noter que l’inscription au Congrès est obligatoire pour tous les participants.
Nous serons heureux de recevoir les propositions de communications (d’une durée maximale de 20 minutes) de 250 mots maximum, accompagnées d’une notice biobibliographique, au plus tard le 15 février 2019, à l’adresse suivante: chevrette.eric@courrier.uqam.ca.

Comité organisateur: Robert Dion et Eric Chevrette

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