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Mise en trope: nouvelles plasticités de la rhétorique dans les arts (appel)

Actualité étudiante
Appel à communication

COLLOQUE ANNUEL DE l'AECSEL 2018

Mise en trope: nouvelles plasticités de la rhétorique dans les arts
10 mai 2018
Université du Québec à Montréal
Date de tombée de l'appel : 15 février 2018 - Prolongation jusqu'au 1er mars
 
Pour cet évènement annuel, l'AECSEL propose un colloque multidisciplinaire sur les nouvelles plasticités de la rhétorique et sur les enjeux culturels, idéologiques, pédagogiques ou toutes autres problématiques pertinentes en lien avec celles-ci.
 
Le mot trope vient du grec tropos qui signifie à la fois tourner autour (comme l'héliotrope se tourne vers le soleil) et détourner (comme le psychotrope détourne la psyché de ses fonctions ordinaires). Dans la rhétorique ancienne, ce mot, généralement employé comme synonyme de figure de style, définit plus précisément une figure (dont la métaphore serait la forme par excellence) qui aurait pour effet de détourner les mots de leur sens dénoté pour les faire entrer dans le domaine de la connotation. Conçue comme une sorte d'écart et de détournement proprement ornemental, cette définition du trope, par le biais de grammairiens comme César Dumarsais ou Pierre Fontanier, s'est plus ou moins maintenue intacte jusqu'à ce que la sémiologie s'empare de la question au XXe siècle.
 
À partir des essais sémiologiques de Louis Hjelmslev, lui-même successeur direct de Ferdinand de Saussure, la réflexion sur les expressions linguistiques s'est décloisonnée des simples considérations proprement sémantiques pour se concentrer, en plus, sur l'aspect matériel des énoncés : ce que le philosophe nomme la forme du contenu par rapport à son sens. Pour le danois, le processus de sémiose serait à analyser dans l'interaction entre ces deux aspects. À partir de cette idée nouvelle, toute une sémiologie des objets a pu voir le jour et c'est sans surprise que celle-ci s'est directement réclamée de la rhétorique : qu'on pense aux rhétoriques de l'image de Roland Barthes ou du Groupe µ qui doivent beaucoup à Hjelmslev. Par là, le trope se retrouve à être non pas occulté par cette fusion de la rhétorique et de la sémiologie, mais se retrouve au contraire entièrement renouvelé par cet état de fait. La nature ornementale du trope, qui épouse très bien les considérations plastiques de la langue et des images, jumelée à sa nature analogique et connotative, peut désormais participer pleinement du processus sémiotique des objets, des gestes, des images, des codes et des symboles.
 
C'est ainsi que le trope, de nos jours, tend à prendre le sens de « lieu commun » et que le tropos devient topoï. C'est aussi pourquoi un site comme TVtropes.org peut définir ainsi cette figure : « tropes are more about conveying a concept to the audience without needing to spell out all the details ». Roland Barthes, dès ses analyses sur la publicité, en disait déjà autant de l'image. Par rapport à l'affiche de Panzani, le sémiologue français faisait de l'italianité cette chose que le message comporte en plus. Il en vient donc à penser la connotation de l'image sur le mode de la rhétorique. Par l'usage de l'agencement de stéréotypes comme les pâtes, les tomates et le mot aux consonances italiennes, l'image en vient à faire signifier à ses objets une culture complètement absente de l'image ou du contenu de l'expression si on les prend au sens propre. Dès lors, la rhétorique du trope peut se penser comme la dialectique d'une absence signifiante et d'une présence vide, et ce, sans qu'elle ne perde sa fonction de détournement, l'outil par excellence du processus. C'est aussi en ce sens que l'on peut comprendre le tropisme de Nathalie Sarraute, pour qui il s'agit de toutes ces petites situations qui ont lieu pendant l'enfance et qui créent un sentiment de déjà vu ou influencent nos préférences personnelles et nos comportements une fois devenus adultes.
 
Par la sérialité qui existe dans les arts, depuis la massification de la littérature industrielle au XIXe siècle, les tropes se véhiculent de plus en plus facilement en raison de la rapidité avec laquelle les signes sont codés pour devenir des conventions linguistiques et sémiotiques. C'est ce qui permet à la fois leur démultiplication, mais aussi leur déconstruction, puisque l'accroissement du nombre en a fait un objet d'étude de choix. La multitude des médias et des plateformes disponibles permettent parallèlement un renouvellement constant de ces figures parfois très anciennes, même si celles-si se retrouvent souvent recyclées par l'entremise de ce processus. Ainsi, elles semblent plus foisonnantes et plus originales que jamais.
 
Que ce soit dans la littérature, à la télé, au cinéma, dans le jeu vidéo, dans la publicité ou ailleurs, il s’agira de s’interroger sur les nouveaux habits du trope : stéréotypes, lieux communs, gestuelles familières, détournements de figures connues, recyclage des codes de genres, intertextualités, etc.; mais aussi sur les pratiques qui déconstruisent ceux-ci par le biais de l'humour, de la subversion politique, de l’intermédialité ou autres. Il sera alors possible mettre en valeur les littératures, la culture populaire, les pratiques culturelles médiatiques ainsi que les perspectives minorisées, marginales ou discréditées par les institutions artistiques, dont les paralittératures, en mettant de l’avant ce travail de mise en forme.
 
Idées d'axes de recherche/panels :
  • HYBRIDITÉ DES TROPES ET INTERTEXTUALITÉ: la référence comme lieu commun et la fusion des genres dans la culture populaire.
  • DÉTOURNEMENT DES TROPES COMME MODE DE RECONNAISSANCE DES GROUPES MARGINAUX OU MARGINALISÉS: raconter le même différemment.
  • NOSTALGIE: quand revenir en arrière n’est qu’histoire de tropes.
  • 50 NUANCES DE BUILDUNGSROMAN: le récit initiatique sous toutes ses formes: de L’éducation sentimentale au 40 year old Virgin.
 
Exemples de tropes et où on peut les trouver (cinéma, littérature, jeux vidéo, etc.) :
  • La mise en scène des plateaux de tournage au cinéma et dans les séries télévisées
  • Briser le quatrième mur (ou l’adresse plus ou moins directe à l’auditoire) (littérature, théâtre, cinéma, séries télé (House of Cards, Mr. Robot, Malcom in the Middle, etc.))
  • La culture du meme ou les productions sérielles d’images ou de vidéo
  • Les affiches de cinéma ou les affiches de séries télés reprenant des esthétiques de films cultes (L’affiche de la série Stranger Things reprennant le style de celle de Star Wars)
  • Les personnages imaginés par d’autres dans les livres, les films et les séries télévisuelles (Fight Club, Beautiful Mind, la seconde saison de The Exorcist, Mr. Robot, etc.)
  • Les figures sacrificielles dans la culture populaire (Néo dans The Matrix, Les spartiates dans 300, Batman dans The Dark Knight Rises, Jack dans Titanic, etc.)
  • Personnages à destinée dans les jeux vidéo (Link dans la série The Legend of Zelda, Colette Brunel dans Tales of Symphonia, etc.)
 
Afin de favoriser la participation des étudiants.es en recherche-création, ce colloque se veut ouvert aux activités de créations artistiques. En ce sens, nous accepterons les performances, les communications hybrides ou tout travail artistique qui aura sa place dans le cadre de la thématique choisie. Il y aura aussi la possibilité pour les participants.es de faire leur communication par vidéoconférence.
 
Les communications doivent être inédites, en langue française ou anglaise et avoir une durée maximale de 15 minutes. Afin de participer, nous vous demandons d’envoyer vos propositions de communication d'environ 300 mots et 5 mots-clés d’ici le 15 février 2018 1er mars 2018 à l’adresse courriel suivante: aecsel.uqam@gmail.com.
 
 
Bibliographie suggérée
 
Amossy, Ruth, Les idées reçues : sémiologie du stéréotype, 1991.
Amossy, Ruth et Anne Herschberg Pierrot, Stéréotypes et clichés. Langue – discours – société, 1997.
Aristote, Rhétorique, 2014
Barthes, Roland, Mythologies, 1957.
_______, « Rhétorique de l'image », Communications 4, 1964.
Bolter, Jay David et Richard Grusin, Remediation, Understanding New Media, 2000.
Bouvet, Danielle, Le corps et la métaphore dans les langues gestuelles. À la recherche des modes de production des signes, 1997
Clover, Carol J., Men, Women and Chain Saws. Gender in the Modern Horror Film, 1992.
Daly, Pierrette, Heroic Tropes: Gender and Intertext, 1993
Ducrot, Oswald et Tzvetan Todorov, Dictionnaire encyclopédique des sciences du langage, 1972.
Dumarsais, César Chesneau, Traités des tropes, 1730
Fontanier, Pierre, Les Figures du discours, 1968
Groupe µ, Rhétorique générale, 1970.
_______, Traité du signe visuel. Pour une rhétorique de l'image, 1992
Hjelmslev, Louis, Prolégomènes à une théorie du langage, 1968
King, Claire, Washed in blood: Sacrifice, subjectivity, and the cinema, 2006.
Perelman, Chaïm et Lucie Olbrechts-Tyteca, Traité de l'argumentation, la nouvelle rhétorique, 2009
Propp, Vladimir, Morphologie du conte, 1965
Reboul, Olivier, Langage et idéologie, 1980
_______, Introduction à la rhétorique. Théorie et pratique, 1991
Ricoeur, Paul, La Métaphore vive, 1975.
Sarraute, Nathalie, Tropisme, 1957
Shapiro, Michael, Hierarchy and the structure of Tropes, 1939.
Sperber, Dan et Deirdre Wilson, La Pertinence, 1989
Todorov, Tzvetan, Poétique de la prose suivi de Nouvelles recherches sur le récit, 1980,
TVtrope.org
Zizek, Slavoj, The Pervert’s Guide to Cinema, 2006. (Documentaire)