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Ensauvagements scripturaires et écritures ensauvagées

Programme

imaginaire de l'écrit dans le roman de la seconde moitié du XIXe siècle français
Période d'activité: 
2017 - 2021
Chercheur principal membre: 

Le XIXe siècle est une époque de grandes transformations qui entraîneront la «mutation graphique» de la France. Le Code civil mis en place par Napoléon instaure un état essentiellement bureaucratique et juridique où l'importance des documents et de la signature croît; à cela s'ajoutent un développement exponentiel du monde de l'édition et de la presse (et avec elle, de la publicité), une diffusion de plus en plus large des discours scientifiques et modélisateurs (c'est le siècle des dictionnaires et des encyclopédies), l'expansion des opérations de recensement et de statistique, ainsi qu'une scolarisation massive à partir de la seconde moitié du XIXe siècle (explosion des traités et manuels d'éducation et des abécédaires). Ces formes de socialisation du livre, de domestication par le savoir et ces nouvelles institutions vont structurer une cohésion nationale inédite à l'intérieur de laquelle l'écriture (sous la forme de lois, de règles, de règlements, de codes, d'attestations, etc.) symbolise un pouvoir nouveau. Les œuvres de notre corpus couvrent une large période historique de 1857 (Madame Bovary) à 1903 (Claudine s'en va), elles dessinent le paysage littéraire de la seconde moitié du XIXe siècle, chacune d'elles donne à voir un personnel littératien abondant. Sachant que les interactions et contrecoups de l'institutionnalisation de l'écriture et du livre que connaît le XIXe ne sont jamais détachés de leur intégration dans l'ordre social et culturel, il nous a semblé qu'une étude des personnages littératiens et des documents ou livres qui les accompagnent, mais aussi des univers romanesques et esthétiques qui les impliquent, associée à une prise en compte de l'espace historique, anthropologique et politique qui les encadrent, mérite une exploration féconde. 

Notre hypothèse est que l'empire de l'écrit ou «impérialisme du scripturaire» (de Certeau, 1990) travaille puissamment les univers langagiers, institutionnels et artistiques. Les romans étudiés thématisent dans leur fiction et problématisent jusque dans le grain de la narration la belligérance entre culture écrite et culture orale, entre la lettre et le corps, de cette façon, ils s'affichent d'emblée comme des lieux de résistance, - par l'ensauvagement scripturaire qui s'y loge de diverses manières - face à la domination symbolique de l'écrit. Comme si l'écriture en tant qu'institution possédait elle aussi son refoulé, sa part de non-domesticable et dont le roman serait l'effigie délinquante. Le projet vise donc à approfondir les effets esthétiques et poétiques de ce capital littératien désormais largement institutionnalisé, objectivé, et «incorporé» (Privat, 2006), qui domestique les corps autant que les esprits. De Flaubert à Colette, c'est toute la question de la représentation de la culture graphique dans le texte littéraire, de sa place et de ses effets divers qui se pose ici. Dit autrement, quelle est son emprise, au sens d'«architecture de l'imaginaire», sur la manière de penser, de lire le monde, et donc d'écrire?  Cette question est d'autant plus aigüe que le XIXe siècle élève l'écriture au rang de capital culturel hautement légitimé.
 
Type de subvention: 
Date·s de la subvention: 
2017 - 2021