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L’histoire littéraire du contemporain et ses fondateurs

Programme

Période d'activité: 
2012 - 2013
Chercheur principal membre: 

L’histoire littéraire, selon ses spécialistes, aurait pour objet « les oeuvres littéraires du passé » (Moisan, 1990) et servirait « à comprendre le sens que les textes avaient pour ceux qui les ont écrits et pour ceux à qui ils étaient d’abord destinés » (Fraisse, 2005). Comment expliquer dès lors que cet « art de lire à distance » se soit si souvent et si abondamment penché sur la littérature de son temps? Les ouvrages de synthèse des mêmes spécialistes rappellent en effet, sans jamais souligner la contradiction, qu’aux origines de la discipline se trouvent les Vies (1550) de Vasari consacré aux trajectoires exemplaires de ses contemporains, ou encore les écrits historiographiques du XVIIe siècle consignant au jour le jour les gloires de leur temps. Mieux, comme j’ai pu l’établir lors de recherches menées dans le cadre de ma première subvention du FIR, ce phénomène n’est pas propre aux origines de l’histoire littéraire : à la fin du XIXe, moment où se fonde l’histoire littéraire moderne, la grande majorité des histoires littéraires consacrent des pages à l’actualité littéraire. Alors, si elle n’est pas récit et étude du passé, qu’est-ce que l’histoire littéraire? En quoi se distingue-t-elle d’autres disciplines, comme la sociologie de la littérature par exemple? Par ses méthodes, sa fonction, sa philosophie de l’histoire? Pour répondre à ces interrogations, le présent projet propose de relire quatre grandes histoires de la littérature qui accordent une part importante de leurs pages à l’actualité littéraire, et qui ont été publiées alors que se mettait en place l’histoire littéraire moderne. Ces imposants ouvrages (jusqu’à 8 volumes) ont pour auteurs d’éminents professeurs et critiques qui essayaient alors d’imposer leur vision d’une discipline en train de se constituer. Ces ouvrages, publiés entre 1894 et 1912 par Lanson, Brunetière, Petit de Julleville et Claretie, sont d’excellents terrains d’observation des axiologies encore en conflit (impressionnisme, scientificité, nationalisme, universalisme, etc.) parmi lesquels le premier XXe siècle a tranché.