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Programme

Pour un répertoire critique de la photolittérature
Période d'activité: 
2010 - 2012
Chercheur principal membre: 

 

La « Photolittérature » est un concept neuf. Il désigne d’abord l’ensemble des productions imprimées dans lesquelles, depuis les années 1840, ont été insérées des photographies, le plus souvent à titre d’illustrations, au sein d’œuvres ayant statut ou vocation à être perçues ou reconnues comme littéraires. Par extension, le mot désigne aussi l’ensemble des œuvres dans lesquelles, sans toujours être présentes matériellement, des photographies jouent cependant un rôle structurant. On l’aura compris, il s’agit là d’un domaine de la création littéraire et de la production éditoriale qui n’a jamais fait l’objet de recherches systématiques, étant considéré, au regard des classements génériques traditionnels, comme relevant de la para-littérature. En réalité, le corpus étudié a trois caractéristiques :

·      On y trouve des œuvres d’écrivains absolument majeurs (Hugo, Carroll, etc.).

·      Des textes très novateurs mais plus ou moins ignorés (Bruges-la-morte de Rodenbach, par exemple, redécouvert récemment) y figurent, méritant d’être réévalués et de servir de support à une réévaluation globale de cette production, voire plus largement de l’histoire littéraire.

·      Enfin, il s’agit d’objets — que nous dénommerons « photolittéraires » — qui d’une manière générale posent tous, à des degrés divers, la question de la « modernité », c’est-à-dire de l’adaptation des moyens de communication et des systèmes de représentation à la civilisation industrielle et à ses valeurs, qu’il s’agisse d’en contester les vertus ou de proposer des solutions pour adapter les nouvelles représentations de la création, de l’auteur, de l’artiste, de l’œuvre d’art à cette civilisation.

Ce projet a deux ambitions liées l’une à l’autre, et sans ordre de préséance. La première est historique et théorique : il s’agit de repenser la catégorie, utilisée aussi bien en philosophie qu’en art ou en littérature, de « modernité ». Mais de la repenser à partir de ce qui nous semble être précisément une mesure particulièrement pertinente de la naissance et du développement de l’esprit « moderne », c’est-à-dire la pénétration de la photographie dans les espaces culturels traditionnellement dévolus à l’ancienne « mimesis ». Cette dernière reposait sur des catégories héritées à la fois de Platon et d’Aristote, et définissait l’image comme une imitation. Ce que la photographie n’est plus tout à fait, puisqu’elle est perçue comme un double ou un calque de la réalité, sans intervention de la main humaine. Avec la photographie, image à la fois industrielle et scientifique, l’on a un phénomène de concurrence entre le monde de l’art et celui des techniques ou du « progrès », que d’ailleurs Charles Baudelaire saisit et théorise parfaitement dès avant 1860. Contribuer à mieux penser l’apparition et le développement du « moderne » (en termes d’histoire, de culture, de civilisation), tel est le premier objectif de ce projet. La seconde ambition est « pratique » : il s’agit de constituer un Répertoire en ligne des livres et revues où littérature et photographie se rencontrent, en idée ou en image. En cela, ce répertoire prolongera les travaux entrepris par quelques chercheurs, depuis les quinze dernières années, mais dans un esprit systématique et collectif. En particulier, il reprend à son compte le « Répertoire » qui vient d’être publié par Paul Edwards en seconde partie de l’ouvrage de référence Soleil noir. Littérature et photographie (PUR, 2008), tout en étendant ses horizons.