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Images de la science

Programme

Dérives du discours social contemporain
Période d'activité: 
2007 - 2010
Chercheur principal membre: 

Les sciences appartenant depuis toujours à la culture et à ses discours, il est normal qu’elles jouent un rôle primordial dans l’imaginaire contemporain. Elles produisent des images (icônes, tropes) qui construisent nos représentations de la réalité. Cependant, la complexité des sciences contemporaines rend difficile leur compréhension. Il en résulte une mythification de certaines découvertes provoquant dans certains cas d’importantes dérives, sinon de graves simplifications.

Du point de vue très formel des sciences pures, ces « dérives » ne peuvent qu’apparaître déplorables. Néanmoins, elles rendent compte de tout un espace de la pensée où s’engouffre l’imaginaire scientifique, espace de rêve qui comble des besoins, instruit les fictions, les textes et les images : que retient-on de la science? Comment la met-on en scène? Quel pouvoir lui accorde-t-on? Comment certaines « fictions scientifiques », que nous nommerons « fictions cognitives » renversent-elles les clichés produits par la doxa sociale pour interroger la réalité scientifique à travers l’imaginaire?

Plus précisément, et dans la continuité de mes dernières subventions CRSH, ce projet a comme objectif d’examiner, à travers des textes et certaines représentations visuelles, les effets produits dans l’imaginaire social par cinq « objets auratiques » (Georges Didi-Huberman), devenus de véritables icônes des temps modernes, figures liées pour diverses raisons à la science et à certains scientifiques : le singe (« L’homme descend du singe », conception rattachée de manière erronée à l’évolutionnisme de Darwin, au cœur de nombreux débats politiques et sociaux, en particulier aux États-Unis); l’atome (dans sa conception moderne liée au principe d’inégalité d’Heisenberg, « principe d’incertitude », qui « démontrerait » selon certains, que le réel est une construction); la bombe atomique (image même du mal contemporain, à laquelle on réduit souvent l’énergie atomique); l’ordinateur (qui serait un super-cerveau et une métaphore de la société contemporaine, à travers les interprétations de von Neuman et Weiner); le gène (associé à Watson et Crick, à cause de la découverte de la structure de l’ADN, aujourd’hui sujet de tous les fantasmes autour du clonage et de la disparition d’un humain biologiquement « naturel »).

L’intérêt est d’analyser la manière dont ces figures, d’abord objets littéraires, mais sans s’interdire parfois d’user de comparaisons avec diverses représentations visuelles (BD, publicité), provoquent une récurrence d’images qui construisent l’imaginaire scientifique contemporain, à travers une certaine conception du sujet, du cosmos ou de la matière, s’inscrivant dans (ou contre) des courants religieux, inspirant une pensée de la catastrophe aussi bien que de nouvelles représentations du social qui s’inscrivent au cœur de notre rapport à la culture, au monde et à l’Histoire. Bref, il s’agit de voir comment ces représentations s’inspirent de la doxa ou cherche à s’y opposer à travers le discours social.

Sur le plan théorique, ce projet nécessite une réflexion sur l’histoire et la sociologie des sciences déjà largement amorcée par mes travaux de recherche des dix dernières années. Il sera ainsi possible de décrire ce que nous pourrions appeler à la fois « l’acte de naissance empirique » et « l’acte de naissance rhétorique » des différents phénomènes que nous voulons analyser, ainsi qu’une généalogie des interprétations, souvent fantaisistes, qui en sont données. En ce qui concerne l’analyse des objets fictionnels, nous mettrons de l’avant une lecture à la fois sociocritique et sémiotique. Les fictions seront étudiées en fonction de leurs stratégies narratives en tenant compte du contexte socioculturel et discursif d’où elles émergent. Outre un travail qui relève ainsi de l’analyse discursive (comment le discours scientifique, objectif, est-il modifié par le point de vue singulier d’un sujet dans la fiction, par l’imaginaire dans l’interprétation), le projet s’ouvre également à une réflexion du côté de la sémiotique pour vérifier comment certains concepts s’ancrent dans un imaginaire visuel (songeons aux nombreuses variations sur la théorie de l’évolution présentant de manière linéaire un singe à quatre pattes s’élevant peu à peu pour devenir un bipède humain).