Propulsé par Drupal

Les romans de jeunesse d'Émile Zola

Programme

Période d'activité: 
2001 - 2005
Chercheur principal membre: 

Notre programme de recherches, en liaison directe avec notre thèse « Itinéraires d’adolescence et de jeunesse dans Les Rougon-Macquart d’Émile Zola » dans laquelle nous avions eu à nous questionner sur la genèse de ce cycle romanesque, se propose de poser la question des œuvres de jeunesse à partir de l’analyse des premiers romans de Zola. Ce découpage de l’œuvre de jeunesse de l’écrivain, œuvre constituée de poésie, de théâtre, de nouvelles et de romans, est motivé par l’orientation romanesque de notre auteur. Il nous permet en outre de circonscrire l’objet de notre recherche.

Nous examinerons ces essais, généralement envisagés comme chronologiquement datés et allant de soi, en rompant avec tout présupposé téléologique, et en étudiant pour lui- même l’événement de la jeunesse dans la vie d’une œuvre. Bien que le choix de la forme, des sujets ou des thèmes (les premières amours, les amitiés masculines, les tromperies de la femme, le besoin d’absolu, etc.) qui structurent ces textes doive encore beaucoup à l’imitation, bien que ces écrits ne masquent pas toujours les tensions, les tiraillements de la création, bien que Zola en ait renié certains, il nous a semblé important de les étudier pour eux-mêmes, et non pas seulement comme les brouillons de l’œuvre à venir.

Seul l'examen de la carrière de Zola, des stratégies institutionnelles spécifiques qu’il a développées autant que celui des parcours génériques et des configurations esthétiques originales de chaque texte, peut nous permettre d'apporter aux questions que posent ces écrits des réponses contrastées. Car, si une partie de ces œuvres a fait l’objet d’études particulières, il apparaît nécessaire, pour parvenir à une perspective globale de l’œuvre romanesque dite « de jeunesse », de faire une étude comparative de ces différents textes. Ce point de vue nous oblige à tenir compte de leur statut, de leur forme, de leurs rapports avec les écrits intimes (correspondance) ou paratextuels. Une étude des modèles, des influences, des co-textes et des intertextes (philosophique, historique, scientifique et littéraire), nous permettra de saisir le rôle de ces lectures dans les premiers écrits de notre auteur et de décoder les stratégies d’écriture utilisées par lui.

Dans une seconde étape de notre programme de recherches, il nous sera possible, à partir des travaux de Jean Borie (Zola et les mythes, ou de la nausée au salut, Seuil, 1971) et de Maarten Van Buuren (« Les Rougon-Macquart » d’Émile Zola. De la métaphore au mythe, Corti, 1986), d’entamer l’étude de l’univers imaginaire et fantasmatique que proposent les romans de jeunesse. Cet imaginaire sensiblement marqué par un érotisme brutal, coloré de sadisme et de masochisme, prend souvent la forme de la délectation morose qui apparaît comme le point de convergence entre un enthousiasme encore teinté de religiosité et un désir ardent de scientificité.

L’enquête bibliographique que nous avons réalisée démontre que certaines œuvres comme La Confession de Claude et Thérèse Raquin (surtout) ont arrêté la critique tandis que d’autres comme Le Vœu d’une morte sont pour ainsi dire délaissées. Si tel ou tel aspect de telle ou telle œuvre a fait l’objet d’une analyse précise, une vaste investigation demande encore à voir le jour. Il nous faudra confronter le Zola apprenti-romancier et le Zola critique, afin de mieux comprendre comment l’écrivain a mis à exécution les nombreuses réélaborations esthétiques réclamées dans Mes Haines (1866), dans Mon Salon (1866) et dans Deux définitions du roman (1866).